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Climat lourd et poisseux pour cette rentrée


Un enseignant est mort, le 16 octobre dernier, décapité. Quelques jours plus tard, le président de la République annonçait que le pays entrait à nouveau en confinement. Le lendemain, trois personnes étaient lâchement assassinées dans une église… C’est dans ce contexte que la rentrée va s’effectuer le 2 novembre.

Le climat sera lourd, poisseux même. Ces événements vont s’entrechoquer dans les esprits des élèves comme dans celui des personnels au risque de la confusion. C’est l’une des raisons pour lesquelles il aurait été judicieux de décaler la rentrée au 3 novembre. Ainsi, les salariés, les enseignants, les représentants du personnels et les chefs d’établissements auraient pu, lundi, s’approprier les exigences des nouveaux protocoles sanitaires diffusés par les ministères de l’Education nationale et de l’Agriculture. Et le lendemain, ils accueillaient les élèves afin de rendre un hommage à Samuel Paty tel que prévu. Nous avons poussé en ce sens mais le ministère de l’Education nationale en a décidé autrement. Il devra donc assumer seul la responsabilité d’une reprise dans de très mauvaises conditions.

Une reprise en présentiel nécessaire…

Un nouveau confinement pour au moins quatre semaines a été décidé face à la déferlante d’une deuxième vague épidémique. Des activités ont été cependant maintenues en présentiel, l’Education en fait partie. Cette décision n’est pas contestable au plan pédagogique. Le premier confinement a démontré l’inventivité du corps enseignant pour poursuivre une activité scolaire à distance mais également certaines failles qui réapparaîtraient si les établissements devaient à nouveau fermer (manque patent de matériel, fracture numérique, éloignement de certains élèves pour ne pas parler de perte…).

… mais trop d’incertitudes demeurent

Ce qui est contestable par contre, c’est la façon dont elle a été prise, une fois encore sans le concours des personnels. Concrètement, lundi, il faudra sans préparation aucune réorganiser autrement (si on le peut…), revenir à d’anciennes règles (si on le peut…), rassurer les élèves et leurs parents (si… il le faudra bien !) … Nous sommes, on le voit, loin, très loin, de l’assurance affichée par le Ministre Blanquer voulant convaincre que tout est ficelé et maîtrisé. Non, il n’en est rien et cela, sans compter les nombreuses questions que se posent les collègues dits vulnérables (liste de ces personnes ? procédure ?), les collègues qui sont parents d’enfants scolarisés (gestion des absences ?), les collègues qui tomberont malades (carence maintenue ?) et les chefs d’établissements (stock de masques pour pallier les oublis ? rendre possible l’impossible ?). Quant auront-ils des réponses ? Pas à la rentrée, c’est certain et c’est plus que fâcheux.

Rendre hommage dignement à Samuel Paty

Personne ne devrait mourir pour des idées. Samuel Paty est mort pour avoir exercé son métier et répondu aux attentes de notre Nation. Trois personnes sont mortes dans une église parce qu’elles étaient catholiques. C’est tout simplement atroce et inadmissible. Les mots ne sont pas assez forts pour afficher notre indignation. Même si, faute de temps pour s’y préparer, les choses risquant de se faire dans la précipitation, nous devons nous employer à ce que dans chaque établissement, public comme privé, la mémoire de ces victimes soit saluée. Cet hommage doit toucher le cœur et la raison. Ce n’est pas l’esprit de vengeance que nous voulons cultiver, celui que nous sentons monter charriant dans son sillage l’exclusion, l’amalgame, la menace. Mais les raisons pour lesquelles des personnes sont mortes doivent être clairement affichées.

Le rôle de l’École

Ce travail de mémoire devra se poursuivre ensuite, longuement, profondément car il est manifeste que la liberté, d’expression, de conscience, la laïcité, la démocratie, la fraternité, l’égalité… sont devenues des valeurs très relatives, quand elles ne sont pas contestées. Il est donc nécessaire de leur redonner du sens afin que tous les élèves et leurs familles les accueillent comme des valeurs fondamentales et universelles. C’est le rôle de l’Ecole (mais pas seule), ce « lieu dans lequel des enfants, des adolescents deviennent non seulement des adultes mais des citoyens… parce qu’on apprend à se décentrer, on apprend à ne pas regarder le monde seulement par rapport à soi mais avec les yeux des autres, on essaye d’apaiser ses affects et d’accéder à la raison, de ne pas seulement avoir des réponses mais de se poser des questions. C’est ça l’Ecole. C’est ça qui fait qu’on devient des individus libres et des citoyens actifs » (Gilles Finchelstein sur les ondes de France inter).